Road trip québécois, la Gaspésie et le fleuve Saint-Laurent

Lorsque j’ai commencé à préparer ce voyage en famille je ne me rendais pas compte de l’immensité du territoire et de la diversité des paysages québécois. Chaque étape se rallongeait de centaines de kilomètres. Finalement, ce fut la Gaspésie, région aux mille facettes entre mer et montagnes. Et puis nous ne pouvions pas, pour une première fois au Québec ne pas passer par le mythique fleuve Saint-Laurent, là où tout se passe. Alors pour rejoindre la Gaspésie nous avons choisi de longer la rive est du fleuve et de revenir par la rive ouest. La boucle était ainsi bouclée.

Montréal – Kamouraska (397 km) – arrêt Saint-Jean-Port-Joli

Des nuages lourds avaient recouvert le ciel et des trombes d’eau inondaient les rues lorsque nous avons quitté Montréal pour rejoindre en voiture Kamouraska, la première étape de notre road trip, classé comme l’un des plus beaux villages du Québec.


Sur la route panoramique 132 qui suit le Saint-Laurent, nous longeons une succession de villages ponctuant la côte. Les paysages se dessinent, l’ambiance se construit, toujours le Saint-Laurent en vue sur la gauche. Il ne nous quitte pas. Nous nous rassasions à Saint-Jean-Port-Joli en tout début d’après-midi en face du fleuve. Nous nous délectons de son calme et commençons à nous habituer à toutes ces maisons si caractéristiques et tous ces gens si accueillants.


Nous arrivons à Kamouraska en fin d’après-midi. Le ciel est chargé de nuages, il parait que ça va durer encore jusqu’à demain. Nous sommes au début du mois de juin, en grosses chaussettes, parka et bonnet, nous marchons vers le centre du village pour manger un morceau avant d’aller dormir. Mais ici les commerces ferment vite, il est 19h, le soir tombe et le village s’endort. Par chance, une petite chocolaterie est encore ouverte. Nous nous réchauffons avec un chocolat chaud maison. En revenant, le soleil se couche, les lumières pastel dansent sur le fleuve. Malgré les nuages, c’est beau. Nous nous endormons en rêvant déjà à la suite.

Kamouraska – Saint-Gabriel de Rimouski (190 km) – arrêt Parc National du Bic

Le deuxième jour, la température est descendue en dessous de 8°C, le ciel est toujours chargé et une pluie fine incessante nous glace les os. Nous avons 1h30 pour rejoindre le Parc National du Bic où nous prévoyons de faire l’ascension du Pic Champlain, 346 m d’altitude, le sommet le plus élevé du massif rocheux des Murailles. Mais les nuages en avaient décidé autrement. Au fur et à mesure que nous montons, nous nous enfonçons dans un brouillard épais et pas d’éclaircies prévues à l’horizon. Nous avons du mal à distinguer notre voisin de marche à 5 mètres. L’atmosphère mystique nous plonge alors dans nos songes et en haut, dans un brouillard impénétrable, notre imaginaire perçoit une vue splendide sur la baie et le parc, comme elle aurait dû être.


L’après-midi, nous restons en bas sur le littoral. On entend les vagues qui s’écrasent contre les rochers avec fracas et les tourbillons du vent. Et malgré la puissance du Saint-Laurent, ce calme.

Saint-Gabriel de Rimouski – Domaine Valga

Puis, nous reprenons la route vers le Domaine Valga, notre deuxième étape. C’est encore couvert mais la pluie s’est arrêtée. Ce soir, nous dormons dans un chalet de bois rond au bord d’un lac.
Le lendemain matin, les nuages ont laissé la place à un ciel entièrement bleu qui se reflète dans le lac. Au réveil, la tête par la fenêtre, c’est magnifique. Des bleus, des verts. La journée s’annonce belle. Nous passons la journée à nous balader en forêt et en kayak sur le lac. Après une journée plutôt sportive, bières à la main, nous nous délectons de la vue depuis notre ponton. Quand soudain, du bruit dans les herbes. Un castor vient prendre son repas juste devant nous. On dirait que c’était fait exprès. L’heure du spectacle a sonné et on était à l’heure.

Saint-Gabriel de Rimouski - Carleton-sur-Mer (225 km) – arrêt Vallée de la Matapédia

Le quatrième jour, direction Carleton-sur-Mer. Nous sillonnons la Vallée de la Matapédia, du nom de sa rivière, sauvage et prisée des saumons. Nous sommes sur une route au milieu de forêts quand des panneaux indiquant un point de vue nous interpellent. Nous sortons alors de la route principale, et suivons une petite route très mauvaise, pleine de crevasses et de cailloux. La route n’en finit plus, elle devient plus étroite, on est secoué, on retient notre souffle. Toujours pas de point de vue. Puis enfin, un minuscule parking et des panneaux un peu partout « présence d’ours ». Nous nous engageons dans un petit chemin forestier, il ne dure que quelques minutes et tout à coup, c’est à couper le souffle. Une petite esplanade nous offre une vue époustouflante sur la rivière. Seuls accoudés à la rambarde, nous nous régalons. La forêt, aux mille verts, règne. Le ciel gris se reflète dans la rivière, lui donnant une couleur argentée, tel un serpent féérique sillonnant la forêt.


Petit à petit, nous traversons les villages de Gaspésie qui se réveillent doucement et préparent l’été qui arrive. Nous sommes bien souvent les premiers « touristes » à débarquer. Seuls avec les paysages. Seuls parmi les gens si sympathiques. Nous arrivons dans l’après-midi à Carleton-sur-Mer, petite station balnéaire prisée des Québécois, dans l’embouchure du Saint-Laurent. 
Quelques pêcheurs s’affairent, quelques promeneurs et toujours ce calme. La brûlerie de café est ouverte, nous y prenons un latte. Et puis nous poursuivons la ballade plus loin, jusqu’au phare. Les gens se hâtent pour préparer la saison et s’amusent de nous voir seuls au milieu de la plage regarder vers l’horizon. "C’est tranquille ici, hein ?"

Carleton-sur-Mer – Percé (191 km) – arrêt Parc National de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé

Le lendemain nous prenons la route pour rejoindre Percé. On s’arrête pour un lunch improvisé dans une poissonnerie sur la côte et on se confectionne un sandwich maison avec des morceaux de homards bien frais. La ville de Percé est un peu plus grande que celles que nous avons croisées jusqu’ici et plus touristique. Les motels s’enchaînent le long de la route. Nous sortons de la ville, nous suivons la route principale qui monte et prenons le chemin de notre chalet, visiblement en haut de la falaise. Nous avons encore une fois le souffle coupé. Perchés en haut de la falaise, nous avons une vue époustouflante sur Percé et son rocher, l’île Bonaventure et le golfe du Saint-Laurent.
 Nous restons là, encore une fois, à observer le large. Et puis un bruit lointain, un souffle puissant sur une mer d’huile, suivi d’un deuxième plus petit. Des baleines ! Nous sommes comblés.


Je me lève à 5h le lendemain matin. Je me poste au bord de la balustrade et je scrute l’horizon. Les baleines sont toujours là. Quel spectacle encore. Je me dis que j’ai beaucoup de chance et que la nature est belle. 
La journée, nous faisons le tour de l’île Bonaventure, habitée par une colonie de fous de Bassan et des anciennes maisons de pêcheurs de morue. Le soir, nous buvons des bières sur la terrasse de notre chalet en face du rocher percé. Encore des baleines au loin. Les poissons sont là en ce moment. Et puis un porc-épic traverse notre terrasse à la recherche de son repas du soir. Ces instants nous plongent dans des rêves.

Percé – Gaspé (63 km) – arrêt Parc National Forillon

Le matin qui suit, sur la route menant à Gaspé, nous nous arrêtons plusieurs fois en chemin. Les baleines nous suivent. Toute queue dehors, frappant la surface avec fracas. Nous arrivons enfin au parc Forillon, le bout de la chaîne des Appalaches. Encore une journée de marche nous attend. Nous faisons le grand sentier jusqu’au bout du parc, jusqu’au « bout du monde ». Nous tombons presque tous les 20 mètres sur une crotte d’ours. Je ne suis pas rassurée. Quelles sont les consignes déjà si nous tombons sur un ours ? Mais rien, il y a certainement trop de monde dans le parc. Puis, en sortant du parc, alors que je roule au pas, dans un virage, un ourson déboule, clopin-clopant et s’arrête de l’autre côté de la chaussée. Nous fondons de mignonnerie.
 Le soir, nous dormons à Gaspé, dans une ancienne auberge. C’est la plus grande ville de notre road trip, la capitale de la Gaspésie. Ce soir-là, autour de la table du pub local « Le Brise-Bise », nous parlons de tout ce que nous avons vu et nous dégustons du homard et des burgers. De la route nous attend demain.

Gaspé – Sainte-Anne-des-Monts (171 km) – arrêt Parc National de la Gaspésie

Nous nous réveillons au petit matin. Nous suivons de nouveau la route 132 qui longe le fleuve. Sur cette partie, les paysages sont frappants. La montagne d’un côté et le fleuve de l’autre, ses vagues viennent taper sur le bord de la route. C’est saisissant. Les villages se succèdent le long de la côte, enclavés au fond d’une anse. Et puis, nous entrons dans le Parc National de la Gaspésie. Nous avons deux jours de marche au programme, à travers les monts Chic-Chocs. Nous montons sans attendre, profitant du soleil. La marche est rythmée, nous traversons plusieurs steppes de végétation. Arrivés aux sommets, il n’y a rien, aucun arbre, aucun abri. Juste nous dans la toundra, résistants au vent. Juste nous et les montagnes tout autour au loin. La diversité des climats est surprenante. Certains sentiers sont encore recouverts de neige par endroits. On la sent bouger sous nos pas. Tels des invités qui ne font que passer, nous mesurons chacun de nos gestes. Nous marchons parfois des heures sans voir plus loin que les arbres alentour, la marche devient alors mécanique et nous plonge dans une introspection impérieuse.

Sainte-Anne-des-Monts – Les Escoumins (309 km)

Au réveil du dixième jour, les jambes lourdes et le corps courbaturé, nous reprenons la route. Nous quittons la Gaspésie, un petit pincement au cœur. Nous roulons silencieusement jusqu’à Trois Pistoles. C’est là que nous allons traverser le Saint-Laurent. Sur le traversier, je reste dehors, les gens du coin sont rassemblés à l’avant et discutent, pour eux c’est le quotidien. Je scrute l’horizon, les mouvements de vagues. Les baleines ne sont pas là. Nous ne les avons plus vues depuis Gaspé. 
De l’autre côté, les roches sont roses. Nous sommes dans la réserve Innue Essipit. Le vent s’est levé et le ciel s’est couvert. Face au fleuve, quelques petits rorquals nous saluent. Ce sont les derniers que nous verrons.

Les Escoumins – Sacré-Cœur (53 km) – arrêt Tadoussac

Le matin, les nuages gris ont tout recouvert, il y a du brouillard accompagné d’une pluie fine et froide. Nous ne nous attardons pas. Cette partie de la côte est plus monotone. Quand nous arrivons à Tadoussac, nous sommes frappés d’emblée par tous ces touristes qui grouillent dans les rues. Nous restons un moment dans le véhicule à reprendre nos esprits. Ça fait longtemps qu’on n’avait pas vu des touristes, ni même autant de gens. C’est trop. Nous partons marcher sur les sentiers alentours. Le soleil apparaît peu à peu et illumine le fjord. C’est grandiose.


Nous avançons un peu plus loin dans le Fjord, jusqu’à l’Anse-de-Roche. Nous avons prévu de dormir pas très loin, dans des cabanes en forêt. La fatigue physique des marches et toutes nos émotions nous lessivent. Nous décompressons. Nous le sentons, c’est bientôt la fin du voyage. Nous nous réfugions alors dans un petit établissement, surplombant l’anse. On est tout seul. On nous attendait ? Le fjord est pour nous. Le soleil irradie la terrasse, nous ne savons plus où nous sommes. On a dîné ici, avec le coucher du soleil. Notre dernier repas dans la nature. Demain on sera à Québec.

 

 

                                                                                               

 

Crédits photo : Aurélie Lenne


Toutes les photos ont été prises avec un iphone.

décembre 24, 2019 — Aurélie Lenne
Tags : Voyages

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